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Le 22/01/01

" Namaste " du Népal cher internaute!
Tout d'abord, nous vous prions de nous excuser de ne pas avoir pu vous donner des nouvelles de notre aventure plus tôt ; mais comme vous pouvez vous en douter, les serveurs Internet se font rares sur les plus hauts sommets himalayens. Cela fait aujourd'hui 28 jours que nous avons débuté 'Tous Asie Mut'. En attendant les photos, nous essaierons à travers cet article de vous faire partager cette formidable aventure.



Le 26 décembre, nous sommes donc partis vers un nouveau continent que nous découvrirons au cours de ces six mois. Après une escale à Vienne, nous atterrissons sur le sol népalais vers 23 heures  heure locale, (soit 4h45 de plus qu'en France).
Quand nous nous réveillons le lendemain matin, tout est différent à l'extérieur de notre chambre: des rubans de cuivre pendent aux toits des pagodes de Katmandou ( KTM), les prières s'élèvent du fond des cœurs jusqu'aux plus hauts sommets du monde, les voitures et les bicyclettes roulent à gauche, et les routes sont recouvertes de sable et de poussière.
Après une première journée d'acclimatation dans cette nouvelle ville où les 68ards étaient venus chercher un eldorado d'une vie plus peace, plus love, nous quittons ce havre de paix pour Jiri : point de départ de notre grand trek trans-himalayen.
Nous voici donc partis pour un long voyage de dix heures dans un bus local qui ne peut rouler que dans des pays comme le Népal. Nous n'étions pas encore partis qu'un mécano bricolait encore notre bus avec des pièces qui, si l'on en croit leur taille, devaient supporter toute cette charpente de tôle. Si dans un premier temps nous occupions les places 12 et 13, ces sièges trop petits pour nos grandes jambes d'occidentaux, nous avons alors sauté sur l'occasion de monter sur le toit. Qu'y a-t-il de plus excitant pour deux jeunes aventuriers de suivre la route  sur le toit d'un bus local ? Dès notre arrivée à Jiri, les locaux nous avertissent d`un "putsch" national sur le Népal par les Maoïstes. C'est ce genre de mésaventures que l'on rencontre lors de ces longs voyages qui peuvent en un instant réduire tous vos efforts à néant. En effet, depuis de nombreuses années, une guerre civile sévit au Népal entre le pouvoir politique en place et les Maoïstes. Ces derniers veulent voir leurs revendications prendre effet. Nous sommes donc bien averti du danger potentiel de nous aventurer le lendemain sur les sentiers battus. Comme à l'accoutumée, Seb minimise les choses, affirmant que le risque est infime ; alors que guillaume pose les réels problèmes qui pourraient nous toucher. Nous irons donc nous coucher ce soir la suivant l'adage bien connu de chez nous qui dit :  "la nuit porte conseil".
Au final, notre insouciance fait qu'à travers ces sentiers, nous ne rencontrerons aucun autre touriste. Nous nous confronterons seulement, à un " Namaste " : ce salut qui se dit les mains jointes sur le Cœur, et qui agira comme un charme tout au long du voyage.
Il semblerait alors que dans cette vallée, les maoïstes ne soient que prétexte à faire fuir les touristes de l'empire Coca Cola.
C'est alors que les journées s'enchaînent jusqu'a Gorak shep, semblables les unes aux autres: un réveil matinal vers six heures du matin (souvent dur pour Seb), de longues marches accumulant des dénivelés plus ou moins incessant, un sac qui parait toujours aussi lourd, le soleil qui se couche tous les soirs vers 17 h et un Dahlt Baat traditionnel à base de riz et de lentilles (pour le plus grand bonheur de Gui).
Nous comptons 14 jours pour joindre Jiri (1860m) à Gorak Shep (5160m). Nous ne mesurons pas la chance de dormir chaque soir dans des lodges, certes rustiques mais plus spacieux que la tente, pour la modique somme de 20 roupies népalaises (soit 2 frs ou 30 centimes d`Euros).
Si en certain point nos journées se ressemblent les unes aux autres, c'est sans tenir compte de la diversité des paysages et des populations locales qui rendent ces mêmes journées si différentes et si extraordinaires:
Imaginez-vous marcher sur des petits sentiers longeant la montagne … lourd en émotion et si difficile à retranscrire sur un clavier. De vallée en vallée vous pouvez voir de part et d'autre la neige qui commence à fondre sous la chaleur du soleil, un végétation luxuriante et verdoyante, des rizières cultivées en étages reposant sur le flanc des montagnes, ou encore un paysage plus aride qui pourrait rappeler les vieux westerns de Clint Estwood. Pour notre plus grand bonheur, le ciel est bleu et il n'y a pas un nuage qui tache son immensité. Vous pouvez apercevoir quelques rapaces d`environ 2 m d'envergure qui se déplacent au dessus de vos têtes. Leurs ailes déployées, ils planent sans aucun effort. Vous entendez les rapides du Dodi Kosi qui raisonnent entre les montagnes depuis la vallée encaissée. Au loin , vous apercevez les plus hauts sommets de notre planète. Le spectacle est de toute beauté. Les plus belles photos des livres sur l'Himalaya ne peuvent que retransmettre un cliché de ces merveilles. Nous, nous le vivons…
Vous comprenez donc la chance que nous avons de traverser ce pays magique aux paysages féeriques. C'est sans compter sur ces myriades d'ethnies, riches de leurs croyances, qu'elles soient Bouddhistes ou Hindous, et de leurs traditions.
C'est alors avec un grand respect que nous croisons sans cesse ces hommes des montagnes portant sur leurs dos de charges considérables, mieux connus sous le nom de Sherpas.
A travers notre route, nous avons également rencontré une "Népal School". C'est avec un grand plaisir et beaucoup de curiosité que nous découvrons l'Ecole a des milliers de Km de chez nous. A notre arrivée, il semble que les enfants exécutent un cour de gym ; loin sans rappeler ceux de la gymnastique Suédoise que l'on nous a appris lors de notre formation CAPEPS.
Reprenons donc notre chemin pour nous arrêter un peu plus loin à Tengboche. Ce gompa tout coloré (cité tenant en son sein un monastère Bouddhiste) avec ses habitants vêtus de longues robes rouges, le crane rasé, n'est pas sans rappeler un film dont Brad Pitt est le héros. En toile de fond nous découvrons l'Ama Dablam, qui par sa forme si particulière nous permet pour la première fois de réaliser l`immensité de ces montagnes.
Continuons notre route jusqu'à Gorak Shep (5160m) : point de départ de notre premier objectif : l'Everest Base Camp. Avant de partir sur les traces du Dr Hilary et du sherpa Tenzing qui, 50 ans auparavant étaient les premiers à gravir le plus haut sommet du monde ( le 29.05.53).  Notre première véritable ascension est celle du  Kalla Patar (Roche Noire). Ce sommet, qui se dresse à 5545 m, offre la plus belle vue que l'on puisse avoir sur l' Everest.
Partis en fin d'après-midi, il nous fallait atteindre le sommet avant le coucher du soleil, soit en une heure au lieu de deux. C'est sur un rythme relativement rapide que nous avons commencé cette ascension ( 200m de dénivelé  positif en 15 mn), mais très rapidement il semblait qu'un étau se resserrait sur nos têtes, avec l'impression que quelqu'un enlevait une quantité considérable d'oxygène à chacun de nos pas. Le froid envahissait les extrémités de notre corps à tel point que nous devions les frictionner l'un l'autre pour les réchauffer. Seulement une fois le sommet atteint, nous pouvions apercevoir les drapeaux de prières multicolores qui récompensent cette difficile ascension. D'où nous sommes le panorama est magnifique : le gigantesque Everest se dresse devant nous, avec comme arrière-plan un dégradé de couleurs mêlant toutes sortes de bleus, de roses, d'oranges et de violets.
Nous effectuerons le descente de ce col à la frontale dans le plus grand des silences, avec pour pensée ce spectacle magnifique qui vient de nous être offert, mais aussi avec l'impatience de deux jeunes enfants aux aguets un 24 décembre... Pour nous le gros bonhomme rouge à barbe blanche s'appelle " l'Everest Base Camp ", et nous le rencontrerons demain…
Le lendemain, on nous mettra en garde de  la difficulté a trouver ce camp sans guide. Jeunes imbéciles que nous sommes, nous ne tiendrons compte de ces remarques qu'à moitié. Là où usuellement les groupes mettent 6 h aller-retour, nous en mettrons 8. Nous avons cherché durant des heures une étendue relativement plane avec en son centre un stupa bouddhiste d'où une multitude de drapeaux de prières partent tous azimuts. Nous nous résoudrons finalement à ce que ce camp hors saison d'ascension ne soit qu'un immense champ où s'entassent des pierres de toutes tailles. Cherchant ce camp inexorablement, nous nous rendrons tout de même aux racines du géant où neiges éternelles et crevasses s'entrecroisent dans un va-et-vient incessant. Le plus dur dans cette escapade fut certainement pour tous deux le retour. Lorsqu'on n'en connaît pas le chemin, on a l'impression que Dedale s'est amusé à construire un autre labyrinthe au Népal, et que Zeus protège sa demeure en foudroyant nos têtes àchacun de nos pas. A peine remis de nos émotions, nous voilà souliers aux pieds pour, si l'on en croit les rumeurs, l'une des plus belle vue que l'on puisse donner sur cette partie de l'Himalaya : le Gokyo Peak (5483m ). Avant même d'atteindre la cime de ce pic, nous découvrirons à ses pieds un lac majestueux, tantôt eaux, tantôt glaces, tantôt neiges. Nous arriverons au sommet de ce pic seulement en fin d'après-midi, voir en début de soirée. Si nous ne nous y sommes pas rendu plus tôt, ce n'était en aucun cas pour nous retrouver encore une fois confronté au vent glacial qui sévit lorsque le soleil se couche, mais bien pour revivre ces instants où les couleurs du ciel sont si particulières. Qu'il soit Braham, ou Bouddha, un des dieux local a su nous récompenser en ce soir. Face à nous, le plus haut sommet du globe dans un fond tout aussi exceptionnel que celui observe au Kalla Patar, auquel s'ajoute une lune pleine de sa blancheur éclairant chaque parcelle de neige reposant dans la vallée. Renoir, Picasso ou encore Matisse n'auraient pas eu une palette de couleur suffisante pour retranscrire sur toile ce spectacle si majestueux. Nous effectuerons la descente de ce pic sans jamais sortir la frontale.
A l'heure où nous vous écrivons, nous sommes  de retour sur KTM. A notre plus grand regret, nous n'avons pu tenté les ascensions de l'Iceland Peak et du Mera Peak, à la fois pour des raisons climatiques et pécuniaires.

Nous nous apprêtons cependant à partir dès demain découvrir les Annapurnas, avec un retour sur KTM  prévu le 9 février. D'ici là, nous tacherons d'emmagasiner un maximum de souvenirs sur cette région inconnue de nous deux de l'Himalaya, et ainsi les partager avec vous dès notre retour…

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